"Voici venu le jour de vous dire comment j'entends répondre à ces crises qui minent notre société et qui instillent dans ses veines le terrible poison du doute, de la résignation et parfois de la colère, mais aussi comment permettre à la France de saisir toutes ses chances", a-t-elle commencé devant 20.000 militants et sympathisants, selon les organisateurs, massés au parc des expositions de Villepinte (Seine-Saint-Denis) et qui l'ont interrompue de longues minutes aux cris de "Ségolène présidente" ou "on va gagner!"

Très attendue après son passage à vide, la candidate du PS semblait détendue, affichant sa "détermination" et son "courage". Mais c'est avec "gravité" qu'elle s'est adressée à tous les Français, rassembleuse, se gardant d'opposer une catégorie à une autre. "La France a besoin de tous les siens", a-t-elle dit. C'est "plus qu'un programme: un pacte d'honneur, un contrat présidentiel, que je propose à tous et toutes, les plus vulnérables comme les plus forts, ceux qui sont nos partisans depuis toujours et ceux qui ne le sont pas".

Si elle a dévoilé un inventaire de cent mesures, qui ne sont pas sans rappeler les 110 propositions de François Mitterrand en 1981, elle s'est défendue d'avoir lancé la machine à promesses, s'engageant à "dire la vérité" sans cacher la "difficulté de la tâche". Manière de renvoyer dans les cordes la démagogiede la droite, qu'elle s'est gardée d'attaquer, sauf pour faire le réquisitoire de son bilan.

Alors que son entourage avait assuré qu'elle ne présenterait pas un "catalogue", Ségolène Royal a balayé tous les domaines, de l'emploi au logement, en passant par la "vie chère" ou l'environnement, mais aussi l'Europe et la diplomatie, dans un discours fleuve de deux heures, le plus long qu'elle ait jamais prononcé. Au terme de sa phase d'écoute, elle s'est souvent référée à la parole des Français lors des 6.000 débats participatifs, consignée dans des "cahiers d'espérance". "Avec moi, plus jamais la politique ne se fera sans vous", a-t-elle promis.

Sur le fond, si la plupart des propositions étaient déjà connues, la surprise est venue du fait qu'elle n'a rien renié, reprenant sans complexe ses idées les plus iconoclastes (la carte scolaire qui sera "redécoupée", l'"encadrement militaire" si nécessaire, les "jurys citoyens").
Mais elle a aussi largement puisé dans le projet du PS. Un programme inspiré d'une philosophie des "cercles vertueux": une logique donnant-donnant où il n'y a pas de droits sans devoirs.

Et c'est de la situation économique, de la dette "insoutenable" et des entreprises qu'elle a voulu parler d'abord, sans toutefois évoquer les 35 heures. Manière, à grand renfort de chiffres, d'afficher une crédibilité que la droite lui conteste.
Toute de rouge vêtue, elle est ensuite revenue aux fondamentaux de gauche en promettant de stopper le "descenseur social". "Moi, Ségolène Royal, je dis que ce n'est pas juste, que c'est le pacte social qui est rompu et que c'est dangereux!"

Se présentant comme "la présidente du pouvoir d'achat garanti" et du "travail pour tous", elle a promis de réformer l'indice des prix, de porter le Smic à 1.500 euros, de relever "immédiatement" de 5% les petites retraites ou de créer une "Sécurité sociale professionnelle".

Enfin, cette mère de quatre enfants s'est adressée aux jeunes, sans oublier ceux des "quartiers". "Je sais en tant que mère que je veux pour tous les enfants qui naissent et qui grandissent en France la même chose que pour mes enfants", a-t-elle clamé, la voix étranglée par l'émotion.

Ségolène Royal a achevé son intervention en appelant ses troupes à la mobilisation. "Je compte sur chacune et chacun d'entre vous pour porter haut et fort la parole que je viens de vous donner", a-t-elle conclu, restant de longues minutes sur scène, seule et silencieuse...

(source : Nouvel Obs)